Les projets européens et notamment au sein des programmes H2020 EIC Accelerator Pilot (SME Instrument Phase 2) sont des étapes indispensables car ils donnent aux entreprises et à leurs Dirigeants l’opportunité de se pencher sérieusement sur leurs stratégies, leurs innovations et leur développement commercial et d’anticiper les besoins de financement futurs.

Avec la popularité grandissante de ces financements par l’Europe et les aides de BPIFrance disponibles pour y candidater, beaucoup se lancent dans la rédaction de leur demande mais il convient toutefois de garder en tête certains points essentiels afin de s’assurer que celle-ci ait toute ses chances de succès lors des évaluations.

Avant même de démarrer la rédaction, il vous faudra en premier lieu, faire un point sur les objectifs du projet, sa contribution à l’entreprise, son apport (et donc la stratégie globale), sur les ressources disponibles (humaines, financières, etc.), sur l’identification de partenaires le cas échéant, sur le temps disponible pour préparer, rédiger mais également gérer et coordonner le projet dans sa globalité.

La Commission Européenne recherche l’excellence avant toute chose, ce qui explique le taux de succès relativement bas sur ces projets. Ceci étant dit, si le taux est bas c’est aussi parce que bons nombres de propositions ne sont pas à la hauteur ou mal préparées, peu anticipées, ou tout simplement non éligibles.

Tout d’abord n’oubliez pas que l’Europe cherche en particulier les projets à risques et à forts potentiels avec un vrai levier de développement commercial sur l’innovation, prenez donc le temps de vous préparer et de soigner votre présentation générale. Le document principal est limité à 30 pages dans lesquelles vous devrez montrer votre rigueur, la qualité du projet, de la stratégie et les moyens dont vous disposez. Gardez en tête que les évaluateurs vont lire et relire plusieurs propositions donc assurez vous que votre document est facile à lire, structuré, cohérent dans les informations et l’ordre de présentation et que sa mise en page est aérée mais structurée. La présentation générale du document montre votre sens de l’organisation et fait une première impression sur les efforts que vous avez consacrés au document. Inutile de répondre question par question, vous pouvez bien entendu rédiger des textes qui apportent plusieurs réponses directement.

Voici quelques points levés lors de précédentes évaluations qu’il vous faudra soigner si vous ne voulez pas être recalé dès le début :

  • L’abstract et l’executive summary: Il arrive en effet de voir un abstract différent de l’executive summary ou pire un abstract qui n’est pas le même ou qui n’emploie pas les mêmes termes que l’executive summary.
  • Le TRL (pour Technology Readiness Level) incluant les activités et résultats obtenus jusqu’à présent ne peut pas avoir pour descriptif : « l’innovation à atteint le TRL 6 » par exemple sans aucun complément des étapes franchies pour atteindre ce TRL.
  • L’analyse de la concurrence ne peut pas se résumer à un « nous n’avons pas de concurrent », car cela signifie qu’il y a de grande chance qu’il n’y ait pas de marché. Vous pourrez parler de concurrents indirects et présenter un tableau comparatif, fonctionnalité par fonctionnalité, pour montrer que vous faites ce que les autres ne peuvent pas faire.
  • Il conviendra également de décrire la stratégie de l’entreprise et d’expliquer comment ce projet y contribue ce qui sera apprécié des évaluateurs. A ce propos, éviter de présenter par exemple un canevas de Business model quand on vous demande comment est-ce que l’innovation entre dans la stratégie commerciale globale de l’entreprise ?
  • En ce qui concerne votre propriété intellectuelle, éviter également d’expliquer que vous vous en occuperez si vous êtes financé ! il s’agit de s’y prendre avant en ce qui concerne les dépôts de marques éventuels ou les brevets qui peuvent en être au stade de l’étude avec un Cabinet spécialisé.
  • C’est un peu pareil pour les barrières à l’entrée, car la propriété intellectuelle fait partie du dispositif de protection de votre marché. Les deux points doivent être liés.
  • Pour ce qui est de la communication de votre innovation, il est de bon ton d’expliquer toutes les actions marketing que vous avez entrepris ou que vous êtes sur le point d’entreprendre mais inutile d’y ajouter une longue liste de 1 page de noms de salons à travers la planète auxquels la plupart du temps vous ne pourrez pas assister ou exposer.
  • Enfin, l’un des points les plus sensibles réside sur l’implémentation et la façon dont vous allez procéder pour dérouler l’ensemble du projet et exécuter toutes les tâches sur lesquelles vous vous engagez. Les évaluateurs apprécieront à ce stade la cohérence de tout ce que vous avez décris avant cette partie pour estimer votre capacité d’organisation et d’implémentation. C’est là qu’il faut convaincre, dire ce que l’on va faire et prouver qu’on en a l’expérience (à travailler dans les CV des participants) et les moyens humains et financiers.

Préparer un projet européen est un exercice qui demande beaucoup de travail mais il permet aussi d’aider le Dirigeant dans sa stratégie, son organisation, sa gamme de produit, son marketing et sa commercialisation. L’Europe voit avant toute chose d’un œil bien veillant les demandes et les projets qui se présentent, à vous désormais de prouver que vous êtes unique et que votre innovation a le potentiel de vous permettre de devenir le leader dans votre domaine. Bonne chance.

Francois-Pierre Le Page est Président de Marketkaps, corporate finance et financements européens et Expert & Auditeur auprès de la Commission Européenne et EUREKA-EUROSTARS depuis 2001. Conseiller du commerce extérieur de la France (nommé par le Premier ministre) depuis 2010, François est également professeur de finance en MCS2 Entrepreneurship & Innovation à SKEMA Business School (et évaluateur pour SKEMA Ventures) et Advisory board Member de l’Université de Lincoln au Royaume-Uni.